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1 avril 2015 3 01 /04 /avril /2015 08:44

Jules et Rose

— Oh Jules, ne marche pas si vite, je sais pas te suivre, et puis, je veux compter les coquelicots ! Je veux compter les coquelicots !

— Les coquelicots ? Je vois pas de coquelicots moi !

— Ben oui, tu marches bien trop vite…Attends-moi, Jules !

— Ecoute-moi bien Rose, je…

— Je t’entends pas, parle plus fort et regarde-moi quand tu parles, y’a rien à voir devant toi…

Tout en continuant de marcher, Jule se retourne. Avec sur le coin des lèvres un air de se moquer, il lâche :

— Et tu suis au pas de course un garçon qui ne voit pas l’horizon, pauvre petite Rose…

— Oh Jule, je suis fatiguée, mes jambes, mes jambes sont comme du coton, toutes molasses.

— T’as intérêt à te remuer ma vieille, continue-t-il sur le même ton ironique.

— Tu n’es pas si gentil que ça, tout bien réfléchi.

Jules, mimant des grimaces pour se moquer de Rose, trébuche sur une énorme pierre et s’étale de tout son long.

— Aïe, mon pied ! Zut et zut ! crie-t-il tout en se tordant de douleur et ne sachant comment plier sa jambe.

— Ouf ! tant mieux, te voilà ralenti !

— Rose, c’est tout ce que tu trouves à dire ! hurle le garçon d’une voix saccadée, le visage crispé.

Rose semble ne pas entendre et cueille des coquelicots sur le bord du chemin.

— Oh Jules, quelle chance que tu sois tombé justement ici, regarde tous les coquelicots sur ce talus !

Rouge de colère, Jules rampe comme il le peut jusqu’au talus, se déchausse et frotte son pied de toutes ses forces. Le jeune garçon fouille alors dans la poche de son jeans et en ressort un petit carnet brun.

— C’est quoi ce carnet, Jules ? interroge la fillette qui s’est assise et compte ses coquelicots.

— Compte tes herbes et t’occupe pas du reste !

— Y’a pas de reste, Jules. Il y a toi, moi, les coquelicots et…

— Et une fille sans cervelle !

— Tu veux que je mette des herbes dans ta chaussette ? Peut-être que tu aurais moins mal ton pied, et puis regarde tes orteils, ils gonflent ! Ils gonflent !

— C’est toi qui gonfles, petite sotte ! Et puis, tout cela est de ta faute !

— Ma faute ? demande Rose, tout admirant ses coquelicots.

— Oui, tu veux toujours des choses impossibles, tu veux ceci, tu veux cela et on est dans de beaux draps maintenant.

— Ne t’énerve pas, plus tu râles et plus ton pied gonfle, regarde ton pied, regarde. Et puis tu sais, moi ce que j’aime le plus au monde, ce sont les fleurs, je veux des fleurs, des ruisseaux de fleurs, des ciels de fleurs, des tissus de fleurs, des baisers de fleurs, des…

— Des baisers de fleurs ! Tu veux vraiment des baisers de fleurs ?

— Tiens, tu ne fais plus semblant d’avoir mal ?

— Tu veux vraiment des baisers de fleurs ?

Jules s’est assis tout près de Rose. Qui triture ses coquelicots, un à un. Elle coupe les tiges, les regarde, les renifle. Elle penche la tête en arrière, joue avec ses cheveux blond cendré et puis se redresse d’un seul coup, comme si elle avait oublié quelque chose quelque part, puis s’assoit de nouveau et dépose des pétales de coquelicots sur les fleurs de sa jupe.

— C’est joli, tu trouves pas que c’est joli, toutes ces pétales sur ces fleurs ? Oh Jules, que dessines-tu ?

— Tu veux vraiment des baisers de fleurs, des ruisseaux de fleurs ?

— Oui, oui ! s’esclame Rose, persuadée que ses désirs jailliront du petit carnet brun, ou d’une pierre, ou de derrière les talus, ou de plus loin là-bas, sur l’eau…

— Alors Rose, relève-toi, il nous faut marcher !

Le jeune garçon remet chaussettes et baskets et reprend la route, tout en clopinant. Rose prend un air boudeur rassemble ses coquelicots et obéit, bien malgré elle.

— Jules, on va où ?

— C’est de ta faute, on est bien obligés de fuir à présent !

— Mais Jules, c’est toi qui ouvrais les portes et brisais les fenêtres de toutes ces maisons !

Jules et Rose se donne la main. Le soleil s’éteint minute après minute. Sur la rivière, une péniche longue comme un jour sans fin dérange des familles de canards.

— Jules, on arrive bientôt ?

— Oui, encore deux ou trois familles de canards…

— Jules, tu crois qu’on pourrait être emprisonnés, pour tout ça ?

— Bien sûr, c’est pour ça que nous devons nous enfuir ! Casser des portes et des fenêtres, tout ça pour voler des fleurs dans des vases et découper des fleurs sur les robes et les jupes des voisins, ça mérite des années de prison, tu le sais bien, Rose…Voilà, monte ici, sur cette péniche.

— Jules, tu sais conduire une péniche ?

— Je pense que oui, c’est un peu comme surfer sur google, si on veut…

— Jules, pourquoi grimper sur cette péniche et pas celle-là, là-bas plus loin ?

— Parce que dans mon carnet, j’avais inscrit des repères, des envies, des rêves…

— Des ciels de fleurs ?

— Si tu veux, oui…

— Oh, c’est sympa ici, on dirait un petit nid…Oh regarde, la photo sur le mur, c’est la photo de cette péniche…On voit son nom, sur son dos…

— Oui, lis ce mot si tu en es capable, et tu verras des rivières de fleurs, des champs de mimosas, des nuages gonflés aux caramels, des ciels de coquelicots…

— A…mé…ri…ques…

Carine-Laure Desguin

http://carinelauredesguin.over-blog.com

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3 avril 2014 4 03 /04 /avril /2014 13:09
Interviewée par Ramdam Musique Charleroi!

 

— Tu m’fais rire, Carine-Laure, tu t’agites comme une carpe au bout d’une ligne…

— Merci, Bob, quel humour !

— C’est donc l’interview réalisée pour Ramdam, une radio pur jus carolo ?

https://www.facebook.com/pages/Ramdam-Musique-Charleroi-1056-FM/290426047641895?fref=ts

— Oui, Eddy Piron est venu m’interviewer au château Bilquin de Cartier, là où se situe la bibliothèque Marguerite Yourcenar de Marchienne-au-Pont. Nina Vanhaverbeke expose ses dessins et Carine-Laure Deguin a écrit des textes surréalistes inspirés de ces dessins un peu…inattendus.

— Et tu en as profité pour lancer toute ton actu, je te reconnais bien là ! Voici cet interview, écoutez notre Carine-Laure :

https://www.youtube.com/watch?v=9OPhvPLTsos&feature=share

 

— Merci Bob. Voici mes dernières actus :

http://carinelauredesguin.over-blog.com/2015/04/samedi-9-mai-2015-a-19-heures-lecture-de-la-piece-de-carine-laure-desguin-rue-baraka-ou-au-musee-regional-des-sciences-naturelles-ru

 

— Pour les nouveaux lecteurs, press book et palmarès ici: 

L'auteur ? Carine-Laure DESGUINL'auteur ? Carine-Laure DESGUINL'auteur ? Carine-Laure DESGUIN
  
 

 

 

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13 janvier 2012 5 13 /01 /janvier /2012 13:40

 

Bonjour à tous !

 

La blogosphère nous permet d'entretenir de belles amitiés, de voyager, de rencontrer des ciels, des soleils et ....de bonnes nouvelles !

Brigitte, écureuil bleu, du blog une bonne nouvelle par jour, je l'ai croisée comme ça, par hasard, entre longitudes et latitudes virtuelles...

Chaque jour, Brigitte-écureuil-bleu lance un article coloré de belles images positives, des histoires d'amitié, des voyages partagés, des lectures et des petites anecdotes qui font que nos journées deviennent des ribambelles d'heures et de minutes sucrées comme un délicieux baklava ...

Parfois, Brigitte demande aux internautes de lui envoyer un poème, une photo...

 

Merci Brigitte pour tous ces billets d'humeur qui élargissent notre quotidien de belles histoires .. http://www.unebonnenouvelleparjour.com/article-lumiere-sur-le-bassin-un-samedi-d-hiver-96513162.html

 

Voici donc trois textes que j'avais écrit pour son blog

 

 

  Sécatives

 

 

Sécatives

Sont les poussières, dans les sommeils

Des longs feux éteints.

Sécatives

Sont les poussières

Des coquilles, tourments de l’œuf,

Sur les rives

Des longs fleuves magiques.

Sécatives

Sont les éclipses, naufragées

Entre les étoiles

Des mers,

Entre les sables,

Les photos idylliques,

Les horizons allumés

Des sept soleils.

 

 

                                                                                Carine-Laure Desguin

 

 

 

 

C’est un soleil …

 

C’est un soleil, c’est une fleur,

C’est le facteur,

Un matin de printemps,

Annonciateur,

Des pétales de joie,

Des corolles, couronnes

En sucre d’orge,

Des pistils, saveurs

De pain d’épice.

C’est un soleil, c’est un papier

D’amour que des mots

Doux, printaniers,

Tout le long de l’année,

S’avancent entre les feux,

Capricieux, ténébreux,

Et chancellent,

Légers souffles,

Devant les lumières

Roses et belles,

De la bonne nouvelle.

 

 

                                                                                         Carine-Laure Desguin

 

 

 

 

Filets échoués, amas de mailles…

 

 

 

Filets échoués sur les sables du temps,

Petits trous, entrelacs, gouttes des océans,

Qu’avez-vous, au gré des vents et des marées,

Laissé passer, des limailles, des écailles,

Des coquillages ?

 

Au gré des vents et des marées,

Entrelacs de sueurs, entre

Des mains d’hommes forts,

Vous en avez nourri des ventres,

Dénoué des bonheurs, déjoué des sorts,

Effarouché des oiseaux destinés

A voler plus haut que les montagnes

De sable !

 

Filets échoués,

Amas de mailles, de tissus ramassés,

Vous sentez les kilomètres, les mers,

Les équinoxes, horloges des univers,

Vous sentez les sangs

Ecaillés des ressacs,

Vous taisez les saccages sanglants,

Les poubelles écumées,

Les gifles et les claques,

Et vous vous échouez

Fatigués, sur cette cathédrale

Des sables.

 

                                                                                     Carine-Laure Desguin

 

                                       image-1-copie-1

 

    RUE BARAKA : en vente chez mon éditeur Chloé des lys ! 

 

                              http://leursecritscdl.skynetblogs.be/archive/2010/09/22/rue-baraka.html  

 

 

               Des news !

 

                        Cette année sortira mon second livre ! Je viens de recevoir l'épreuve de la couverture: superbe ! Je vous en parle dans le prochain article !

 

                                  LES ENFANTS DU GRAND JARDIN

 

                         ( Un conte surréaliste pour adultes et adolescents ....)

 

 

 Mon petit palmarès :

 

  http://carinelauredesguin.over-blog.com/article-45-palmares-87034909.html

 

  http://carinelauredesguin.over-blog.com/article-44-premier-prix-de-poesie-moderne-07-oct-2011-85942095.html

 

 

 

 


 


 

 

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31 octobre 2011 1 31 /10 /octobre /2011 16:03

     

" RUE BARAKA" , " quand tout bascule", "les petits papiers de Chloé" (revue 1) disponibles directement chez mon éditeur Chloe des lys...                      (http://www.editionschloedeslys.be/livres.html )

( attention fermeture durant les vacances scolaires )

 

           Les éclectiques libertés, premier prix de poésie moderne le 07 octobre dernier:    

http://carinelauredesguin.over-blog.com/article-44-premier-prix-de-poesie-moderne-07-oct-2011-85942095.html

 

 

Bonjour à tous !

 

Rester fidèle à mon inspiration....Hé oui, la fidélité se décline de drôles de

 

façons, parfois...

 

Et donc de temps en temps, ça me prend, je bouscule les choses et je me

 

défonce. J'écris un texte qui me surprend moi-même...

 

Juste comme ça, pour voir vos réactions ...

 

 

                           Deuxième étage, salle  07.

 

 Après avoir écrasé son mégot, le trentenaire mal rasé appuie lourdement son front tout gras de sueur sur la grande fenêtre de la salle 07, celle des interrogatoires de longue haleine. Sa hargne, il veut la jeter sur la ville endormie, à travers les premiers brouillards de l’automne. De ce deuxième étage du commissariat, cet obstiné ne voit de la métropole que peu de chose…A 23 heures, un mardi soir de septembre, rien de bien spécial, à part cette gonzesse, là, derrière lui. Elle joue à l’amnésique, doublée de la muette de service. De temps en temps, elle déballe une miette ou deux. Le cerveau gonflé par les séries américaines, le visage dégoulinant de produits à bon marché, elle attend quoi, ce trésor, pour vomir des noms de types véreux, de bars mal famés, de tripots encavés ou de rues aux enseignes qui ne s’éteignent jamais ? Un hot-dog avec du ketchup et une bague de fiançailles au dessus, en guise de cerise sur le gâteau ? Demain, Cédric Durlière affrontera les familles des disparues ainsi que des politiciens ronds-de-cuir, des gens qui ignorent tout des poubelles de la ville, des quartiers qui puent le rat et la dope, et du jus de sperme qu’éclaboussent sur les murs des hôtels miteux, des calotins binoclards et sans scrupules. Les fichiers sont saturés de vieux dégueulasses, de jeunes tordus, de désaxés qui harponnent à coups de poussières blanches des gonzesses qui rêvent d’écrans plats et d’hôtels quatre étoiles sur une île de plein soleil, le 24 décembre à minuit.

Quelques heures. Il ne reste que quelques heures au flicard à la voix râpeuse, pour extirper de cette paumée, cette bimbo factice aux lèvres épaisses affalée sur la chaise métallique, un indice, n’importe quoi qui pourrait allumer une piste : une odeur, un bruit de train, les chuintements d’une émeute de souris, des cris d’enfants dans une cour de récréation.

- J’peux ravoir mon ? minaude la fille, avec la voix hésitante de celle qui sait qu’elle patauge dans la panade…

Durlière se retourne, outré, les yeux couleur  de prison :

- Pourquoi ? Tu t’emmerdes avec moi ? Ton G ? Tu parles de quel G, p’tite salope ?

- Ben non,  mais c’est que, c’est que, continue-t-elle, comme une gosse paumée devant le tableau noir…

- C’est que quoi, hein ? Rien ! Rien du tout, bon sang ! On recommence depuis le début, ma grosse, creuse dans ce qui te sert de méninges, mam’zelle la pseudo- strip- teaseuse !

- Pseu… ?

- Pseudo, espèce d’illettrée de mes deux ! Alors, crache plus vite que ça, je t’écoute !

- J’vous ai tout dit, tout dit dix fois au moins ! Vous m’en voulez d’être vivante ou quoi ?

Face à cette espèce de brute qui lui déshabille le cœur petit à petit, Lisbeth a un sursaut de révolte. Des heures qu’elle est plantée là, les yeux rivés sur ce qu’elle peut, sur les fardes noires empilées dans les étagères, sur le calendrier accroché au mur, sur ce flic, un jeune loup aux  dents longues, qui recherche plus la promotion qu’autre chose. Bien sûr, les deux autres traînées, les disparues, il désire les retrouver saines et sauves mais ce qu’il veut avant tout, c’est que son nom soit cité à la une de tous les canards, il veut qu’on le reconnaisse dans la rue, le dimanche, quand il se pointe à la boulangerie !

- Alors quoi, c’est le gras de tes hanches qui t’empêche de réfléchir, fille de merde ? Tu craches ou je dois aller chercher les morceaux plus loin ?

Cédric Durlière reste debout, piétine autour de son vieux bureau, les deux mains dans les poches, pour se donner une contenance, comme dans les feuilletons, au moment où une musique à suspense nous fait comprendre qu’un élément de premier ordre va apparaître bientôt. Quand il parle, ce flicard démineur, il se penche en avant, tout en haussant le ton de sa voix, pour singer une autorité de futur commissaire.

La fille à la chair boudinée triture un bracelet en cuir noir, avec des initiales fluo et un cœur qui pendouille, une breloque. Les yeux lançant un regard bravache, elle murmure, en reniflant tous les trois mots :

- C’est Debbie et Zoé…elles avaient un pote…Aldo qu’il s’appelait, ce type…il demandait des filles…des grosses…pour un casting…il devait nous filer du pognon…

- Et ? fulmine Durlière.

- Debbie et Zoé se sont amenées chez moi…On a pris le matos et…

- Du matos ? De la dope ?

- Non ! Du matos… pour le strip…des trucs en cuir noir, des slips, des clous, des menottes, des cuissardes, du matos quoi ! Aldo, il lui fallait des filles grosses, avec du gras sur les hanches, comme vous dites….des gros seins…des bourrelets sur les genoux…des grosses quoi ! C’était pour tourner dans un film porno…Des tunes, il devait nous en filer un paquet, de quoi gonfler nos plumards ! Vers six heures du soir, on avait rencart au golden saloon…Un type grand et maigre s’est amené…il avait un long menton…sa bagnole sentait le cuir neuf…on a tourné dans la ville…les rues défilaient…puis on a stoppé dans une espèce de cours d’usine …des bétons…

- Continue, mon trésor, continue …

-Une grande et haute pièce toute froide…une scène…des tissus noirs…des projecteurs…comme au cinéma !

- Tu parles d’un cinéma ! C’est bien poulette, continue, continue, tu l’auras ton septième ciel,  tu l’auras …

- Plus loin que la scène, il y avait un jeu ….un jeu …des quilles et des boules…un bowling, c’est ça, un bowling…

A ce moment, Lisbeth  met les mains sur son visage flétri et balance ses longs cheveux roux et bouclés en arrière. Sous sa peau, son cœur pulse à grands remous.

- Continue, creuse tes méninges ! Des odeurs ? Des bruits ? Des indices, bordel, des indices ! T’as rien entendu ? Une ambulance ? Les pompiers ? Plus vite bordel, plus vite, tu causes comme si tu faisais ton strip, à petites doses ! Balance, balance !

La fille continue, la voix ondulante comme un serpent éméché…

- Aldo était là, appuyé contre un bar, un bar très long, long comme j’ai jamais vu…c’est Debbie et Zoé qui ont dit que c’était Aldo, moi, j’en savais que dalle…deux autres types étaient là, ils causaient pas français, je crois  et …

- Tu crois ou t’es sûre, bordel, réfléchis, t’es majeure et encore plus, à voir les sillons charbonneux autour de tes yeux, t’es censée savoir réfléchir ! Le flic gueule ça avec dans la voix comme des glaçons, des trucs froids, qui coupent et qui font mal.

- Les types lâchaient des mots que je comprenais pas…ils étaient accoudés au bar …par terre, y’avait des débris de verre et des bouteilles vides…les types avaient des yeux de hiboux, des épaules pleines d’os et un sourire, un sourire ….tordu…c’est ça…un sourire tordu….un sourire comme une cuvette de wc qu’on n’aurait jamais récurée …Y’avait des lumières vertes et rouges  s’allumaient et s’éteignaient, de partout…

- Voyez-vous ça, la mémoire revient…

Durlière reluque la grosse fille et se fend du rictus de celui qui a des projets …Sous le pull en grosses mailles noires et argentées, la poitrine sémillante se soulève. La fille baisse les yeux, elle pressent qu’elle doit obéir, son cœur bringuebale. A ce moment-là, Durlière s’écarte de son bureau, recule de deux pas vers la sortie et gueule, tout en gardant ses mains en poche et en s’adossant au mur coquille d’œuf :

- Fais-le moi ce strip, fais-le moi maintenant ! Et dans une heure, dit-il en prenant une voix radoucie et presque sensuelle, je te ramène chez toi, dans ton tripot de derrière les fagots.

Ensuite, dans un mouvement sec et rapide, Durlière sort d’un haut et profond placard un escabeau à quatre marches, une paire de ciseaux, un boa en plumes turquoise et …une boussole. Allez savoir tout ce qu’on peut extirper des armoises des commissariats ! De l’improbable, de l’imprévu, de l’insolite !

Lisbeth n’en croit pas ses yeux. Jamais sa cervelle de piaf n’aurait imaginé un ticket d’embarquement pour un voyage inconnu et haut en couleurs…avec ce flic, ce jeunot à peine sevré du sein de sa mère ! Et Dieu seul sait qu’elle en a connu, la Lisbeth, des zozos, des frimeurs évadés des bandes dessinées, des baratineurs engoncés dans un costume trois-pièces avec la pochette bleu nuit qui clignote comme l’autoroute de Bruxelles un soir de 21 juillet, des gars à l’haleine de porc et aux cheveux gominés qui salivaient devant ces strip-teases….Et la voilà, la Lisbeth, gratinée, un mardi soir, dans la salle 07 d’un commissariat ! Tout ça parce que Debbie et Zoé, deux nanas parties sans laisser d’adresse, n’ont pas rempli le frigo de leurs ringards de souteneurs. Alors, ces messieurs crève-la-faim s’inquiètent …Ils appellent la flicaille ! Un comble ! Si, à l’heure qu’il est, ces deux gonzesses se sont fait la malle, elles sont loin, en route vers le sud, les talons aiguilles et les bouches en cœurs carapatées et enfermées à double tour, dans la valise en écailles de crocodiles qui servait à Sixte l’africain, un vieux pote du milieu,  pour transporter les cure-dents en défense d’éléphant.

Sous les lumières artificielles de la salle 07, sans piper mot, les deux regards allumés se toisent. La bimbo sait qu’elle doit jouer du mieux qu’elle peut, qu’elle doit offrir au jeune merdeux un effeuillage tout en ondulations et frissonnements …

- Vas-y, lui dit-il d’une voix de chef de tribu …Donne-moi ce que tu as toujours donné ! Et encore plus, si tu ne veux pas finir en chair à saucisses dans les congélateurs du sous-sol ! Vas-y !

Durlière se paie une clope et se retape le dos contre le mur. Il se frotte les yeux et se passe la main dans ses cheveux bruns et frisés. Un pan de sa chemise en jeans s’est égaré hors de son pantalon. Pour un peu, s’il n’avait sur la face ce masque de type suffisant, sûr de lui, il serait séduisant. Des yeux bruns bien aiguisés, qui savent lancer de la beauté et l’accrocher sur de belles gambettes demandeuses de ces promesses, un corps grand et long, avec des épaules larges comme il faut, sans trop se la jouer surfeur de body-building et mangeur de protéines pour la gonflette …

Avec des gestes aussi lents qu’elle le peut, la soumise se poudre les joues, dépose sur ses lèvres épaisses un sourire grenat très foncé, et allonge ses faux-cils d’une couche de mascara noir et poisseux, du matériel à deux sous, puisé dans les solderies pakistanaises.

Elle ajuste son long pull aux mailles noires et argentées, avec un décolleté en V et une large ceinture cloutée qui donne du relief à tous ces bourrelets de vieille chair. Car, si vous ne l’aviez pas encore compris, la Lisbeth, elle n’est plus de première jeunesse, elle gamberge depuis des lustres, de mecs en bistrots, et de boîtes à musique en geôles de luxe, elle a du répondant et des décorations plus nombreuses qu’un combattant de la grande guerre. Lisbeth, elle est d’une poésie ronde comme les arènes de Nîmes, grasse comme une saucisse de Francfort vendue dans les grandes surfaces de Charleroi et vieille comme les momies égyptiennes, celles que  le carbone 14 ne sait pas chiffrer …C’est dire ! Sa légèreté se love, tout en subtilité, dans ses gestes de gazelle et son regard de langouste…Que les filles du Moulin Rouge ne se bilent pas, de l’ombre, la Lisbeth, elle ne leur en fera pas !

- Alors, tu dors ? T’as sniffé avant de venir ou quoi ? Tu l’ouvres ce spectacle, espèce de cruche ? Dépêche-toi, la nuit s’avance…Le flic scande ça tout en envoyant des volutes de fumée vers l’esseulée et avec dans la voix comme un ton de menace …

La strip-teaseuse ondule et se passe autour du cou le boa turquoise, à la façon d’une grande professionnelle de music-hall et puis, elle place l’escabeau tout près du bureau, en n’oubliant pas de déposer  les ciseaux et la boussole. Ses faux-cils lui effleurent les joues,  tellement ils battent sous le sourire froid, sa gorge se noue, trop tard pour faire marche-arrière.

Elle grimpe pas à pas les marches et gagne le bureau. De son pied droit, elle pousse, hésitante, quelques dossiers, tout en jetant vers son geôlier un regard gonflé d’interrogations.

- Commence, commence, je veux te voir te trémousser, lance le flic, avec une  voix éraillée   de fumeur de gitanes …Et puis, en éteignant une des lampes, il commence à chantonner en sourdine La décadence, une chanson de Serge Gainsbourg ….

- Bouge tes reins lentement  et danse la décadence  des eaux troubles soudain troublent mes sens ….

Alors, Lisbeth joue …

Suivant le rythme des paroles murmurées, elle agrippe la paire de ciseaux et découpe du bas vers le haut le long pull aux mailles noires et argentées …Dans un déhanchement doux et langoureux, elle mène ses ciseaux comme on mène un slow…Ses grands yeux vert émeraude, maquillés à outrance, ne quittent pas le visage satisfait du flicaillon émoustillé.

Une fois atteinte la hauteur des gros seins pulpeux, Lisbeth ralentit le mouvement de son poignet …

- La décadence sous mes doigts t’emmènera …

A ce moment, on voit de la strip-teaseuse les souliers noirs à talons aiguilles, des collants noirs et luisants qui laissent s’exprimer tous les amas graisseux suspendus aux jambes de la madone, et le soutien-gorge, deux capuchons de tissus noirs dentelés sous lesquels se laissent deviner d’énormes glandes, molles, adipeuses, mais vivantes….

Appuyé contre le mur de la salle 07, Durlière, le regard à la fois luisant et évaporé continue ses murmures…

- …la décadence m’a perdu ah tu me tues mon amour

Superbe d’impudeur, la grosse déballe tout…Ses collants, en lambeaux, ne cachent plus d’épaisses jambes blanches, épaisses et flétries…Le boa est gênant, il s’accroche à ce qu’il peut, les dentelles noires du soutien-gorge et du slip à lacets de cuir …

- …la décadence m’a perdu ah tu me tues mon amour …, chantonne le flic, tout en déboutonnant sa chemise en jeans, d’un geste très suggestif…

La poupée aux rides profondes  se déshabille le corps, comme d’ailleurs elle venait de se déshabiller et le cœur et l’âme … Des hanches, harmonieuses comme un rock’n’roll joué sans partition par un musicien saoul, des bras et des jambes couronnés tous les dix centimètres de  bourrelets graisseux...

Ses reins se cambrent, la belle joue le jeu jusqu’au bout…Elle prend maintenant dans ses mains boudinées, aux doigts asphyxiés par de vulgaires bagues, ses longs cheveux roux et bouclés…Tout son corps, gras et mou, exprime au flicard un je suis à toi, sans même suer une seule syllabe…

Durlière est tout sourire, des étincelles dans les yeux, il fume clope sur clope et écrase les cadavres, à même le sol…

Des odeurs de vieille chair et de fumée de cigarettes se mêlent aux lumières vaporeuses de la nuit….Une grosse cruche se trémousse devant un jeune flic plein d’avenir…Le turquoise du boa ondule entre les bourrelets blancs et flasques …Sur le vieux bureau, des tissus noirs de lainage et de dentelles, des lacets de cuir, et au milieu de tout cela, une boussole.

Tout à coup, pleines lumières dans la salle 07. Une voix  masculine, suintante de certitudes, de Césars et de festivals cinématographiques, gueule à toute l’équipe :

- Les enfants, fini pour ce soir ! Dans vingt minutes, tous à la feuille d’Eve ! Débriefing ! On l’aura, ce César ! Nom de dieu !

                                                                                                                   Carine-LAure Desguin

                                                    -----------------------------------------------------

 

Alors les amis, vous aimez ?

A bientôt !

 

Retrouvez-moi aussi sur ALOYS, le blog commun des auteurs de chez Chloé des lys !

                  http://www.aloys.me/article-a-la-une-des-auteurs-chloe-des-lys-se-distinguent-84783378.html

                  http://www.aloys.me/article-a-la-une-carine-laure-desguin-84138350-comments.html#anchorComment

 

Mes lauriers : http://carinelauredesguin.over-blog.com/article-45-palmares-87034909.html

 

 

 

                                    

 

 

 

 

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23 septembre 2011 5 23 /09 /septembre /2011 19:27

  

              Bonjour à tous !

 

 

Dans le cadre du 17 ème pardon des bateliers de la Sambre, évènement qui a pour but de rassembler les professionnels de la batellerie et les plaisanciers, la prestigieuse bibliothèque Marguerite Yourcenar de Marchienne, installée dans le château de Cartier, a vu défiler tout au long de ce week-end de conviviales manifestations, toutes centrées sur les utilisateurs de la voie d’eau, des anciens bateliers, des plaisanciers …

Les visiteurs ont pu visionner un diaporama sur le thème valorisons la Sambre et le canal Charleroi-Bruxelles….

 

Ainsi que … Dans une des nombreuses salles du château, une exposition RIVES ARTS : une collection de peintures de PM Dekein, rassemblant plusieurs artistes de la moitié du XXème siècle….Ce petit bijou de collection est visible jusqu’au 26 septembre. Allez-y, ça vaut le détour !

 

Et, dans la soirée de ce samedi 24 septembre, un petit spectacle Au fil du halage fut animé par quelques lecteurs qui, avec tout leur cœur gros comme ça de carolo ont lu textes et poésies…

 

Louis Delville et Micheline Boland  ont raconté ….Rose-Marie Legrain, a lu un texte…Colette Wilmotte a interprété de mémoire (bravo !) un texte de sa production personnelle ( Il a coulé tant d’eau sous les ponts de Marchienne) et Carine-Laure a conclu, ravalant sa timidité, pour lire un poème de Jean-Pierre Lambillon, La haleuse de l’Etoile…

 

Durant ces prestations, une aquarelliste, Danielle Diot, jouait de ses couleurs et de ses pinceaux, inspirée par la Sambre et ses péniches. Cette artiste exposera bientôt au centre culturel de Mont-Sur-Marchienne. Je vous en reparlerai.

 

Tout ce petit monde était orchestré par le coordinateur principal de cette bibliothèque aux multiples animations culturelles, Serge Budahazi.

Le pardon, MArchienne 006

 

  Le pardon, MArchienne 010

 

Le pardon, MArchienne 007DEs voyages, des péniches, des visages ....Tiens, je songe à quelques lignes écrites en juillet 2010 ...

Les Enfants du voyage

Des yeux noirs gonflés de musique,
De paysages et de rires exotiques,
Des mots d'enfants, des ciels fermés ;
Ouvrez vos coeurs et regardez.
Rescapés des frontières invisibles,
Mal-aimés des nantis, des socialisés,
Nos coeurs sont des pépites, nos corps sont de passage,
Et quoique vous fassiez battiez et piétiniez,
Nous resterons les enfants du voyage.

Nous traverserons vos rivières et vos villes,
Et aimerons vos oiseaux dans les arbres.
Les encens brûlés des églises inciviques
S'infiltrent honteux et vous regardent.

Nous roulerons sans calcul et sans colère,
Et prierons les oiseaux de passage.
Nous marcherons vers les douces lumières
Et resterons les enfants du voyage

 

Carine-Laure Desguin

 

Ce mois-ci, le blog commun aux auteurs de chez Chloé des lys ( aloys) met en évidence mes petites activités littéraires ...Des écrits qui voyagent et qui prennent des chemins inattendus ...

 

  http://www.aloys.me/article-a-la-une-carine-laure-desguin-84138350-comments.html#anchorComment

 

 

 

 

" RUE BARAKA" , " quand tout bascule", "les petits papiers de Chloé" (revue 1) disponibles directement chez mon éditeur Chloe des lys... (http://www.editionschloedeslys.be/livres.html )

( attention fermeture durant les vacances scolaires )

 

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20 septembre 2011 2 20 /09 /septembre /2011 00:00

Bonjour à tous !

 

Un tout grand merci à  toute l'équipe de la maison de la laïcité de Charleroi ( rue de France, 31) !

 

Ce mardi 20 septembre après-midi, première rencontre partage lecture pour RUE BARAKA ...

 

http://www.quefaire.be/club-lecture-290386.shtml

 

Animé par Martine et Nicole, deux passionnées de lectures, le club lecture a pris forme voici quelques mois et il permet à quelques lecteurs, deux ou trois fois par mois, de se rencontrer et de mettre en valeur un livre ...Chacun apporte son livre et sans prétention ni grandiloquence raconte en quelques mots pourquoi le livre a attité leur attention ...

Un partage d'une bonne demi-heure, on boit son petit café, on grignotte un biscuit et puis voilà, tout le monde est heureux de se renconter et de partager quelque chose de positif.

 

Merci donc à ces deux animatrices  pour leur dynamisme ...

 

Et ce mardi, première rencontre importante ! Avec des lecteurs et ....trois auteurs régionaux !

 

Claire Mathy, Première pelletée ( Ed Mémory press)

Charlène Lembourg, Rendez-moi mes poupées ( Ed Scaillet )

Et puis moi...

 

Les lecteurs sont concentrés et attentifs. Tout le monde lance sa petite question. Les trois auteurrs sont sympas et répondent sans langue de bois. Pas de prétention. Tout se fait à la bonne franquette, d'une façon sympa et conviviale. Comme si on se connaissait depuis l'âge de pierre !

 

Rencontrer des lecteurs, des auteurs...deux heures très enrichissantes !

 

Merci à Piet Vandehende, Eric Allard  et Salvatore Gucciardo pour leur présence, ça m'a fait plaisir.        http://lesbellesphrases.skynetblogs.be/

 

Voici quelques photos..

 

. club-lecture-mardi-20-septembre-2011-004.JPG

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

club-lecture-mardi-20-septembre-2011-006.JPG 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  LA maison de la laïcité vous donne rendez-vous le mardi 25 octobre à 14 heures!

   Thème : littérature et Japon !

 

 

Vous êtes de plus en plus nombreux à me signaler que vous avez lu mon texte écrit en hommage à Rimbaud, texte qui se trouve toujours sur les grandes fenêtres du café LES MILLE COLONNES, passage de la Bourse, à Charleroi ! Merci à tous, c'est super !

http://carinelauredesguin.over-blog.com/article-journees-du-patrimoine-83009947.html

 

 

 

 

        RUE BARAKA en vitrine chez Molière, belle surprise   aussi!

 

RUE BARAKA en vitrine chez Molière ! 001

 

 

 

" RUE BARAKA" , " quand tout bascule", "les petits papiers de Chloé" (revue 1) disponibles directement chez mon éditeur Chloe des lys... (http://www.editionschloedeslys.be/livres.html )

( attention fermeture durant les vacances scolaires )

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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10 septembre 2011 6 10 /09 /septembre /2011 21:17

 

image-1-copie-1

 

 

 

 

 

 

 

 

Bonjour à tous !

 

Le week-end dernier, des heures bien agréables, de belles rencontres...

 

 

Le vendredi soir, vernissage de l'expo organisée par mon ami Piet VAndenhende. (http://carinelauredesguin.over-blog.com/article-piet-69025754.html  )

Dans la salle toute rénovée de La Braise ( rue Zénobe Gramme, Charleroi), cinq artistes motivés et enthousiasmés, - presque motorisés ! - ont présenté leurs peintures et sculptures: Jean-Michel Wanli, Olivier Evaldre, Pascale BAdot, Marie-Christine Montigny, et Pino Bonelli. 

Merci aux organisateurs de cette expo ! Merci au comité responsable de La Braise: offrir cet espace c'est comprendre ce que signifie créer, déposer des couleurs et des images dans nos vies.... 

la braise septembre 2011 005

 la braise septembre 2011 006

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Photo de G : Piet entre son amie Annemie et bibi!

Photo de D : Jean-Michel Wanlin devant ses créations; c'est mon coup de coeur de ce soir-là; en ajoutant du matos sur ses toiles, Jean-Michel signe des oeuvres originales, tout en relief...

 

"L'éclipse", le texte écrit tout spécialement pour Piet reste accroché sur les murs de La braise. Ceux qui  lisent  ces mots savent que Piet a ramé...

C'est ainsi qu'un texte vit, ses mots témoignent de la vie de quelqu'un...

 

 

Et le lendemain, samedi 10 septembre, là aussi, quelle joie ! Un hommage à Rimbaud dans les rues de Charleroi ! Une ivresse !

Grâce à la collaboration de l'Union des commerçants de Charleroi, des riverains, et de l'asbl Charleroi centre-ville, différentes animations ont semé des étincelles...Des diaporamas relatant la vie de Rimbaud, le Charleroi de cette époque, un remake du cabaret vert... Rien ne manquait et l'ombre de l'homme aux semelles de vent planait sur chaque façade...Devant le café les mille colonnes, des textes de Rimbaud s'élançaient entre deux rayons de soleil, poussés par quelques musiciens et la voix de Luc broché. Merci à Luc Broché, Alice Bosq, Elaine Magnette et Marc Hubert ...

On brûlait le fer, on gravait les parchemins ...

Sur un grand bi, Etienne de la librairie Fafouille, en costume d'époque, pédalait ... 

 

Merci à Anne-Catherine Bioul, coordinatrice de l'évènement....

Mon texte Dans les rues de Charleroi vit sa vie, il est affiché sur trois fenêtres des Mille Colonnes...

Que rêver de mieux ?

 

 

               Dans les rues de Charleroi ...

 

Dans les rues de Charleroi sous le ciel

Gris et bas

Tu avais déchiré tes bottines

Avais-tu faim, avais-tu froid

Les chemins des usines

Paysages industriels

Au cabaret - vert

Tu demandas des tartines

Et une ou deux bières.

 

Je marche souvent

Depuis longtemps déjà

Dans les rues où tes pas

M'ont donné rendez-vous

Je cherche parfois

Ce cabaret - vert

Une tartine de jambon

Et une ou deux bières

Vers cinq heures du soir

L'heure où les gueules noires

Déminaient les secrets

Souterrains et sans sous.

 

Etait-il ici était-il là

Abri des chiens abri des loups

Ce cabaret - vert

Les pieds en sang

Tu t'arrêtas

Te rassasias

Bus quelques bières

As-tu écrit sur la table ?

  Ensuite qu'as-tu fait de ta nuit ?

Sur les quais de la Sambre

Où t'es-tu endormi ?

Dans quel hôtel quelle chambre

As-tu écrit sur la table ?

Souffle-le moi dans le vent

Dans les fumées des usines

Souffle-le moi souffle les mots

Huit consonnes et cinq voyelles

Tes écrits pleuvent dans les ciels

Sur les quais de la Sambre

Les pavés te disent merci

Toi le poète le créateur de mots

Toi l'Africain le surhomme

Les chemins se rappellent

Et te nomment

  Arthur Rimbaud.

 

                                                            Carine-Laure Desguin

 

 

Rimbaud-2011-006.JPG

  Rimbaud-2011-012.JPG

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Rimbaud-2011-016.JPG

 

 

 

 

 

Le 20 septembre de 14 à 16 h, merci de venir nombreux !

Où ? rue de France, 31, à Charleroi, maison de la laïcité;

Pourquoi ? Vous qui avez lu RUE BARAKA, venez partager vos impressions, poser des questions, rencontrer d'autres lecteurs! Et d'autres auteurs ! Emmenez vos amis !

http://www.quefaire.be/club-lecture-290386.shtml

 

 

  " RUE BARAKA" , " quand tout bascule", "les petits papiers de Chloé", disponibles directement chez mon éditeur Chloe des lys... (http://www.editionschloedeslys.be/livres.html )

( attention fermeture durant les vacances scolaires )

 

Et pour les lecteurs de la région de CHARLEROI, RUE BARAKA est disponible à la librairie MOLIERE, boulevard Tirou

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28 août 2011 7 28 /08 /août /2011 17:10

Bonjour à tous ! Et surtout, bonne rentrée !

 

Trente et un auteurs, dont je suis du nombre, se sont rassemblés autour d'un même thème : quand tout bascule ...

 

" Chloé des lys" a donc édité ce recueil collectif dans lequel, chacun à sa manière, par un poème ou un autre texte, a présenté SA bascule ...

 

 

                " QUAND TOUT BASCULE"

 

 

 

 

 

                  

 

 

Histoire de vous mettre l'eau à la bouche, je vous propose quelques lignes de mon texte: "Vengeance et contresens"...

 En vente ici:

         http://www.editionschloedeslys.be/recherche?orderby=position&orderway=desc&search_query=quand%20tout%20bascule

 

                           VENGEANCE ET CONTRESENS…

 

Le ciel ouvre de grands yeux dévastateurs et des nuages de rancune  se ramassent …Etienne, le rictus agile comme un playmobil, calcule sa vengeance, échafaude de malicieuses séquences…...

....La tempête gronde en lui et ses doigts cognent fort sur .........

 

 - C’est comment, ton p’tit nom, questionne l’innocente victime, avec une voix qui a écumé trois paquets de cigarettes par jour pendant vingt ans …

 

 

 

 

D'autres auteurs de mes amis, sur leur blog, présentent ce recueil :

 

Christine Brunet:

 

http://www.passion-creatrice.com/article-amour-eternel-une-nouvelle-de-christine-brunet-parue-dans-le-recueil-collectif-quand-tout-bascul-77542276.html

 

Olivia Billington:

 

http://desirdhistoires.wordpress.com/2011/04/16/quand-tout-bascule/

 

Christel MArchal :

 

http://lelabodesmots.blogspot.com/2011/07/recueil-collectif-des-editions-chloe.html

 

Gauthier Hiernaux:

 

http://grandeuretdecadence.wordpress.com/2011/03/02/quand-tout-bascule/

 

Adam Gray:

 

http://adam-gray.skyrock.com/

  

 

 

" Chloé des lys" édite aussi une revue trimestrielle : LES PETITS PAPIERS DE CHLOE, revue pour laquelle je paticipe en proposant chaque trimestre une anecdote dans la rubrique " A CHARLEROI, PAPIERS DE ..."

C'est très amusant, je me promène dans la ville, appareil- photos en main, à la recherche d'une image qui puisse convenir avec le thème du trimestre; et puis un petit texte traduit l'anecdote ...

Une revue divertissante, avec des jeux et des textes, tous écrits par des auteurs de "Chloé des lys" !

 

                                                        http://www.bandbsa.be/petitspapiers/pp-1.pdf

 

 

  " RUE BARAKA" , " quand tout bascule", "les petits papiers de Chloé", disponibles directement chez mon éditeur Chloe des lys... (http://www.editionschloedeslys.be/livres.html )

( attention fermeture durant les vacances scolaires )

 

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26 juillet 2011 2 26 /07 /juillet /2011 17:03

   Bonjour à tous ! 

 

Une fois n'est pas coutume, voici un texte genre polar   ...

Je l'ai écrit pour un concours, en mars dernier.

Le thème? Juste avant la nuit ...                          

C'est la toute première fois que je frôlais ce genre d'écriture. Et vous savez quoi? J'aime ça !

 

 

                  Le fils du pharmacien.           

 

 

 

Quand il a débarqué dans mon bureau, place Buisset, au dixième étage de cette  tour de béton, avec sous le bras une farde noire, avec dans les yeux des codes savants et des règlements, j’ai senti que ce mec-là, c’était un emmerdeur, un mec qui cherche des puces ou pire encore, une véritable pompe à merde. Hautain et cérémonial, le genre de mec marié à une grenouille de bénitier. Tout cela puait la bourgeoisie urbaine. Et nous étions en 2011, à Charleroi, ville dite du pays noir. Ma ville, ma zone. Je n’imaginais pas que de tels types se baladaient encore dans nos rues, je croyais qu’ils étaient au musée, empaillés, et que les gosses des écoles passaient les voir…

La conversation, il l’a commencée par des remerciements anticipatifs et des salamalecs…Il parlait de l’exactitude horlogique de notre rendez-vous, des références me concernant obtenues par des amis du Lion’s club …J’ai failli lui stipuler de ne pas confondre horlogique et orgiaque, mais il n’aurait pas apprécié, c’est le genre de con qui ne plaisante pas avec ces choses-là. En public seulement, car ce sont ces cons-là qui déploient des exigences apocalyptiques quand ils se paient une pute.

Et puis, l’idée m’est venue que ce gars-là, il allait me demander de filer sa gonzesse. Avec la tête qu’il avait, il était cocu...

- Je vous écoute, monsieur Maghe, lui dis-je, en prenant mon air rassurant et protecteur, histoire que l’olibrius puisse cracher le morceau…

- Et bien voilà, m’intima-t-il, comme si les murs avaient des oreilles …Monsieur Schreiber, je vous remercie pour ce rendez-vous si rapide qui je l’espère sera le début d’une collaboration entre les deux hommes que nous sommes…

Oh le con, pensai-je, il parle comme un gars qui m’enverrait ses vœux ! Quel con !

- C’est bien normal, monsieur Maghe, lui dis-je, en imitant le sérieux de son intonation…Je vois sur les photos que vous étalez …un jeune garçon…

- Oui, poursuivit-il souriant, presque fier du faciès de sa progéniture, c’est mon fils …

- Et ?

- Et son comportement nous inquiète, mon épouse et moi-même …

Je lui tape un regard étonné, tout en continuant de regarder les photos du fiston…Mêmes binocles que son père, un p’tit air intello …Sûrement un futur pharmacien, un futur bourgeois …Lyon’s club le  samedi et messe le dimanche, ça promet pour l’avenir du pays …

- Et ?

- Et bien, tous les samedis, Denis prend le thalys de 07 heures 12, et il ne revient que tard le soir, juste avant la nuit….

- Et ?

- Et ce manège dure depuis des mois !

- Il revient, ne vous plaignez pas ! Il connaît peut-être une jolie parisienne !

- Denis ! Vous n’y pensez pas ! Il doit penser à ses études, il doit devenir pharmacien, comme moi ! Comme son grand-père ! Comme son arrière-grand-père ! Il n’a que 17 ans !

Le con, je pensais qu’il allait remonter comme ça jusqu’aux hommes des cavernes …

Bref, après m’avoir expliqué que le Denis, il devait marcher droit, qu’il pouvait avoir des idées personnelles du moment qu’elles étaient moulées dans celles de ses vieux, et surtout après m’avoir filé les tunes, le pharmacien a ramassé les photos du Denis, Denis à la plage, Denis tout propre le jour de sa communion solennelle …Et il  repartit, soulagé…

Moi je me disais que le gamin, il se payait une gonzesse à Paris, histoire de faire chier ses vieux …

 

Le samedi suivant, je l’ai filé, le Denis…Tout pareil à son père, soit ! Cependant,  comme ça dans la clarté de ce samedi de printemps, le Denis, il avait au fond des yeux bien autre chose que des potions magiques et de la poudre de perlimpimpin…Sans doute qu’entre ses deux géniteurs coincés, il ne disait mot, mais des révolutions et des désinvoltures, ça, il en avait …

A Paris, surprise, surprise…Le Denis, il est resté planté au Louvre devant la même toile …Il n’a parlé à personne, n’a ni mangé ni bu…On aurait dit qu’il était absorbé …

Le rituel se poursuivit durant plusieurs samedis ! De quoi il se plaignait le père Maghe ? Son gamin, gréco-latiniste convaincu, admirait une toile de Rubens ! Moi, pour vous dire tout ça, je me suis documenté …Le Denis, il s’extasiait devant Les Trois Parques, trois gonzesses qui s’occupaient soi-disant de la destinée des hommes ; c’est elles qui décideraient de nos vies, de qui on rencontrerait, de ce qu’on boufferait, j’en passe et des meilleurs …

 

Le père Maghe, quand il connut l’affaire, il fut ravi ! Denis au Louvre, devant un tableau de Rubens ! Une aubaine ! Quelle intellectualité ! La mythologie, c’est quelque chose !

 

Croyez-vous ça ? Croyez-vous ça ?

 

Satisfait de mon enquête, j’ai ramassé les tunes du vieux. Tout le pognon, je l’ai claqué dans les rues de la ville, dans ces petites rues où les filles ne demandent que ça, du champagne et du foie gras, du sexe, des loques et des parfums…Dans l’ordre ou le désordre, ça dépend…

 

Pendant que je me payais du bon temps avec des gonzesses de haut niveau, le Denis, il a déconné….

 

Le petit con, il a kidnappé un peintre de rue, un pauvre type qui crachait des couleurs sur une toile, juste pour gagner quelques pièces …

Et que lui a-t-il demandé, à ce scribouilleur ? Devinez ?

Ce jeune binoclard acnéique à la con, il a demandé au clodo de peindre ….Les Trois Parque …afin de lui donner des autres vieux, une autre vie, un autre destin !

 

C’est bien, les études …

 

Non content de cet acte démentiel, il poignarda le malheureux ! La peinture ne lui plaisait, il n’était pas certain que son nouveau destin lui conviendrait ! Les trois Parques ne tissaient pas la vie idéale …

Avec le sang du clodo, il recouvrit la toile …

Il rentra chez lui et, entre les pilules et les pommades, il avoua le crime à son vieux…

 

Celui-ci, sachant qu’il ne supporterait pas ce déshonneur, prit dans le tiroir-caisse une arme et tira sur son fils…Avec l’aide de madame son épouse, il maquilla le crime en suicide….Un fils dépressif, ça se suicide, n’est-ce pas ? Puis, il ferma les portes de son officine. C’était un soir de printemps, juste avant la nuit. 

 

 

 

 

  Des news?  Attendons septembre....

     Bonnes vacances à tous ! 

 

 

         " RUE BARAKA" est disponible directement chez mon éditeur Chloe des lys... (http://www.editionschloedeslys.be/livres.html )

( attention fermeture durant les vacances scolaires )

 

 

Voici la dernière note de lecture de RUE BARAKA ...

http://lesjardinsdulivre.over-blog.com/article-j-ai-lu-rue-baraka-de-carine-laure-desgain-75870069-comments.html#anchorComment

 

  

   Intéressés par mon parcours littéraire ? Une simple demande carinelauredesguin@gmail.com  et je vous envoie   mon press-book !

  Merci à tous !

 

 

Carine- Laure Desguin

 

 

 

 

 

 

 

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21 juillet 2011 4 21 /07 /juillet /2011 16:43

 

  Bonjour à tous !

 

   Qui a dit qu'il ne se passait jamais rien à Charleroi? Qui ?

   Depuis le mois dernier, vous pouvez jeter vos couleurs sur les murs de le ville ! Mais oui !

   Chaque semaine un site urbain est peint par de nombreux bénévoles...Et ils s'amusent !  ( si intéressés 0483 36 28 74 / page facebook :  couleurs carolo  )

 

   A cette occasion, voici trois poésies ...

 

 

 

 

Sur les murs de la ville

 

 Sur les murs de la ville,

Des graffitis, tatouages libertaires,

Colorent de lettres, de dessins subtils,

Les murs de béton ou ceux de pierres.

 

Ce sont les cris de nos enfants,

Leurs crachats, leurs humeurs,

Des cris d’amour, des cris de sang,

Eclaboussures de leur cœur.

 

N’effacez pas ces graffitis,

Donnez des murs à vos enfants,

De longs murs pleins de gris,

De béton désarmé, et de sables émouvants.

 

Sur les murs de la ville,

Des graffitis, tatouages libertaires,

Colorent de sang, de nicotine, et de chair

De ces enfants, héros et héroïnes.

 

 

 

 

 

 Enfants de toutes fleurs

 

  Enfants de toutes fleurs,

Parfumez les chemins et les murs

Des villes, aux remparts enchanteurs,

Quand les bétons deviennent l’azur.

 

 

Enfants de toutes fleurs,

Lancez les pétales de vos rêves,

Qu’il soit six heures ou vingt-deux heures,

Les libertés ne font pas grève.

 

 

Enfants de toutes fleurs,

Dessinez vos chemins sur les murs,

Appuyez fort et de toutes les couleurs,

Désarmez-vous de vos blessures.

 

 

Enfants de toutes fleurs,

Dessinez vos désirs, du bleu et  du rose ;

De l’espoir, n’oubliez la lueur

Magique éclat de milles choses.

 

 

 

 

 Enfants, chantez vos libertés

 

 Enfants, chantez vos libertés,

Dans les rues de la ville ;

Vos aventures, réveillez-les,

Soyez gais, grands, et indociles.

 

 

Enfants, chantez vos libertés,

Donnez-vous les mains,

Courez sur les chemins,

Et déployez vos papiers.

 

 

Enfants, chantez vos libertés,

Vos couleurs sont de cristal,

Vos paroles n’ont pas d’égal,

Et vos rires grisent nos fiertés.

 

 

Enfants, chantez vos libertés,

Vos saisons sont des soleils,

Et vos jardins, cahiers décollés,

Cervolantent dans nos ciels.

 

 

 

 

     Des news?  Attendons septembre....

     Bonnes vacances à tous ! 

 

 

         " RUE BARAKA" est disponible directement chez mon éditeur Chloe des lys... (http://www.editionschloedeslys.be/livres.html )

( attention fermeture durant les vacances scolaires )

 

 

Voici la dernière note de lecture de RUE BARAKA ...

http://lesjardinsdulivre.over-blog.com/article-j-ai-lu-rue-baraka-de-carine-laure-desgain-75870069-comments.html#anchorComment

 

  

   Intéressés par mon parcours littéraire ? Une simple demande carinelauredesguin@gmail.com  et je vous envoie   mon press-book !

  Merci à tous !

 

 

Carine- Laure Desguin

 

 

 

 

 

 

 

 

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